« L’accent ; de l’ad cantus à l’anima vocis »

Le Séminaire CRIVA du Mardi 14 octobre 2025 se tiendra de 20H30 à 22H45
en Zoom autour de Claire GILLIE & Gilles ANQUEZ
sur le thème : « L’accent ; de l’ad cantus à l’anima vocis »
TITRE & ARGUMENT Claire GILLIE : « L’accent, animus vocis »
Il y a un "cantus obscurior" de l'accent déjà repéré dans De Oratore de Cicéron, mélodie embryonnaire dont joue l'orateur. L'accent donne relief, la prosodie prend corps et écriture à l'aube de la musique, pour ensuite venir se greffer sur l'interprétation au sens musical du terme. Âme du mot - anima vocis pour un certain Capella du Vème siècle - il est un germe de la musique (seminarium musices), et se greffe à elle ad cantus (accent).
Signe graphique au service de la distinction, modulation de l'intensité ou intonation au service de l'expression, inflexions particulières qui intéressent la phonétique, triste ou devin chez les poètes, l'accent s'insinue d'un champ conceptuel à l'autre, venant signer ou raturer les signifiants, séduire ou agresser l'écoute. Lorsqu'il se fait verbe, "accentuer" vient hystériser la langue et le langage.
Du label identitaire, à la voix qui se fait "la belle", l'accent est revendiqué ou refusé par le sujet du social comme par le sujet de l'inconscient. Porté par le corps, modulé par la langue, l'accent est le style qui permet à chacun de prononcer sa vie.
L’accent trouve asile dans les inflexions de la voix, les attaques consonantiques, les fins de rhèse qui se mettent à chanter ou rendre le signifiant rugueux. Si certes il peut se définir pour les linguistes et les sociologues comme une "manifestation individuelle d'une communauté linguistique", il en appelle au réel ou à l'imaginaire de ce qui fait lien à l'autre. Car l'accent est "l'autre dans la langue", la "marque de l'étranger dans la langue", mais aussi "l'autre de ma langue". Trait unaire - einziger Zug - il inscrit le sujet dans une filiation et une identification.
La clinique est saisie d'un malaise lorsque l’être parlant tente - comme l'a dit Bourdieu - de gommer son accent qui lui colle à la peau, le perdre, le faire disparaître. Vouloir se déprendre de cet "accent à couper au couteau", est-ce brouiller cette empreinte, afin de ne pas laisser de trace ? Se protéger et protéger l'autre d'un certain "verbal overkill" ? Une façon de se "démarquer" de l'autre, sorte de nettoyage par le vide de sa voix, avant de se risquer à en établir l'identité ? La "dévoyer" volontairement, plutôt que de subir une discrimination vocale qui lui serait liée ?
Comment entendre la demande de celui qui cherche à troquer son accent pour un autre, au nom de sa quête identitaire, jouant ainsi sa voix à quitte ou double ? Quels en sont les revers, les enjeux inconscients ? Cet animus vocis n'est-il pas contour sonore de la pulsion invocante qui s'essouffle ou jouit, entre corps et langage, depuis les premiers balbutiements de la langue?
TITRE & ARGUMENT Gilles ANQUEZ : « Géovocalisation »
Parle le chant de la terre, chante la voix du taire.
La voix et son circuit pulsionnel « dé-taire », par les inflexions acoustiques et prosodiques, quelque chose de la position du sujet pris dans l’invocation à l’Autre et dont il entend l’écho d’une réponse nichée dans l’accent.
Elle offre quelques coordonnées de la jouissance du sujet et le "géovocalise immédiatement à l’oreille de l’autre.
L’accent montre, il se « met sur » et mesure ce qui du sujet se rapporte à un territoire géographique et social, qui n’est pas sans se tisser d’identifications.
Il montre la couleur d’un temps géographique, celle d’un lieu où la prosodie se fait l’écho de l’Autre et dont les sujets chantent les articulations comme autant de positivations du manque autour desquelles ils font groupe.
Le temps d’un lieu social dont l’origine est avalée par la musique des voix qui la célèbrent.
Le temps d’un Autre dont la voix porte les traits sonores comme des empreintes sur le corps « géovocalisé » du sujet, social par naissance.
Le sujet invoque-t-il ici le bercement originaire du chant de l’Autre par les voies de l’accent ?
L’accent serait-il un nid sonore, un lieu d’accroche prosodique qui suspendrait le sujet à l’Autre pour une traversée élastique de l’espace ?
Sur quoi l’accent met-il donc l’accent ?
Randonnons donc dans cet espace vocal aux couleurs du monde, aussi bruyant que silencieux.
Écoutons alors le murmure du son.
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