Séminaire du CRIVA aura lieu le Mardi 14 Avril 2026 de 20H30 à 22H45.
« Séminaire des Doctorants » il permettra à Everton Soccol, Véronique Truffot & Adriana Varona, tous trois membres du CRIVA de présenter leurs travaux de recherche en cours.
Il se déroulera en Zoom et Présentiel et sera suivi d’un pot convivial autour des "Voix de l'Exil" que les auteurs et leurs ami.es pourront récupérer sur le lieu du séminaire.
Everton Soccol : « Les voix du surmoi et leur percussion dans l’acte illicite »
Véronique Truffot :« Faire parler » l'invisible dans l'ombwiri. Une polyphonie de vocalités »
Adriana Varona :« Le crime du Sicarius en Colombie. Approche Psychanalytique, Social et Clinique »

TITRE & ARGUMENT Everton SOCCOL : « Les voix du surmoi et leur percussion dans l’acte illicite »
En tant que doctorant, ma recherche porte sur les résonances inconscientes dans l’acte criminel qui peuvent montrer une réalité non apparente et souvent nier par le système de justice. Ce sujet m'amène à réfléchir à ce que l'on peut écouter dans un passage à l'acte qui en dit long sur le sujet.
Dans le Séminaire X, Lacan détache la loi du signifiant normatif et l’articule à l’objet a, en particulier à l’objet voix, montrant comment la loi s’incarne dans le réel et en vient à commander le sujet. Ici, culpabilité, surmoi et loi trouvent une assise pulsionnelle précise. Alors que dans les séminaires précédents la loi apparaissait tantôt comme signifiant, tantôt comme interdiction, elle acquiert ici son effectivité lorsqu’elle prend la forme d’un objet. L’objet voix agit comme une pulsion invoquante, non pas comme parole articulée, mais dans son résidu sonore. La loi opère non par son sens, mais par son retentissement, sa résonance et son insistance.
Dans ce Séminaire, le surmoi n’est plus un idéal, il est une voix. Cette voix ordonne, accuse, exige, souvent sans phrase complète. L’articulation avec la culpabilité se réalise pleinement ici. La culpabilité surgit lorsque le sujet se perçoit visé, sans toujours savoir précisément à quoi répondre. La voix surmoïque instaure une dette sans contrat, une exigence sans critère, un jugement sans tribunal. Dans l’articulation entre loi, voix et Nom-du-Père, on peut affirmer que le Nom-du-Père fonctionne lorsque la voix est attachée au signifiant et que la loi peut être interprétée, car seule la métaphore permet ce travail, et non le commandement brut.
Ces considérations soulèvent plusieurs questions : qu’est-ce qui résonne dans le sujet lorsqu’il commet un acte illicite ? Cet acte transmet-il quelque chose qui n’a pas été dit ? Freud indiquait qu’avant même la commission d’un crime, le sujet ressent une culpabilité non symbolisée. L’acte illicite serait donc une manière de tenter d’apaiser une angoisse irrationnelle qui saisit le sujet. Au-delà de la simple transgression de la norme juridique, le crime révèle une réalité qui ne peut être appréhendée que par l’écoute de l’inconscient.
Everton SOCCOL : Everton Soccol est avocat au Brésil et a suivi une formation en psychanalyse à Maiêutica Florianópolis, Instituição de Psicanálise. Il a un Master en sciences du langage et est doctorant en sciences du langage à l’Université du Sud de Santa Catarina et en psychologie à l’Université Côte d’Azur (en cotutelle) à Nice, sous la direction de Maurício Maliska et Jean-Michel Vivès. Sa recherche porte sur les dimensions de la voix dans l’acte illicite, le sentiment de culpabilité et le surmoi. Il est adhérent en tant que membre du CRIVA - Cercle de Recherche International Voix-Analyse, depuis 2020.

TITRE & ARGUMENT Véronique TRUFFOT : « Faire parler » l'invisible dans l'ombwiri. Une polyphonie de vocalités »
Doctorante en 4ème année de doctorat à l'EPHE (École Pratique des Hautes Études) sous la direction de Grégory Delaplace et Katell Morand (CREM – Centre de Recherche en Ethnomusicologie, Paris Nanterre), ma thèse porte sur un culte fang, thérapeutique, à valence féminine, admettant la possession et essentiellement pratiqué au Gabon dénommé l'Ombwiri.
J'y étudie les conditions de félicité pour établir une communication entre les inités·es et l'esprit sommital Nana Ngom'Ening, nom qui signifie " Maman, amour de la vie". Ayant pour maison la harpe sacré ngoma que le harpiste a pour fonction de "faire parler", l'esprit entretient une relation privilégiée avec le sonore et particulièrement la voix. Le processus consistant à donner voix à ce qui n'en a pas est assuré par le groupe organisé hiérarchiquement. Le collectif n'est pas seulement uni autour de cet objectif commun, il est aussi transformé. Or la voix, ainsi que la main avec laquelle elle est conjointement mobilisée, sont toutes deux des organes de la transformation. La voix articulée devient parole, la main en manipulant les objets intervient sur le monde. Si c’est en cela que ces deux organes sont particulièrement sollicités pour soutenir l’agentivité de chacun·e et de tous·tes – agentivité qui nécessite la médiation des initiés·es en ce qui concerne les esprits – c’est aussi ce qui en détermine leur ambiguïté. Mes hôtes disent régulièrement que « la bouche qui tue est la bouche qui sauve » soulignant ainsi qu’une même action a la capacité de produire des effets, plus que différents, antagonistes. De surcroît cette expression exprime l’importance de la voix car s’il est évident que la main peut tuer comme sauver, ça l’est moins de la « bouche ». D’elle émergent des paroles mais c’est en elle que se façonne la voix, rappelant ainsi que cette dernière est une manifestation avant tout corporelle. C’est certainement sa qualité d’objet qui permet le mieux de saisir ce qui relie la voix à la main puisque celle-ci est l’organe de préhension d’un objet. Constamment poussée dans ses limites, la voix est l’objet cultuel dont la centralité témoigne de sa capacité à s’adapter aux contraintes du rituel. En outre, en me concentrant sur la branche d’Agueyi Njogo et son caractère singulier, notamment parce qu’elle est celle d’un harpiste hors norme, j’espère réussir à ouvrir progressivement la focale afin de démontrer que l’efficacité rituelle relève moins de qualités sensationnelles que de l’attunement d’un ensemble de personnes ordinaires. Le travail d’harmonisation auquel elles procèdent inclut les conflits au même titre que toute production de bruit en tant que générateur d’une matière vibratoire. Reliés par un lien aussi solide que fragile, chacun de ces êtres participe à l’élaboration d’une œuvre collective qui résulte d’un maillage dont l’effet est, quant à lui résolument, extra-ordinaire.
Véronique TRUFFOT : Après avoir exploré la voix en tant que chanteuse et vocaliste, Véronique Truffot continue désormais sa recherche dans l’anthropologie de la musique, études qu’elle mène en adoptant une posture à la croisée de son expérience artistique et psychanalytique. Elle est titulaire d’un DEUG de musicologie, d’un DUMI à l’université d’Aix-Marseille, du D.U. « Voix et Symptômes, psychopathologie et clinique de la voix » à Paris 7 et d’un Master en « Ethnomusicologie, anthropologie de la danse » à Paris Nanterre.
Elle est actuellement en troisième année de Doctorat à l’EPHE, Paris pour lequel elle a obtenu la Bourse de recherche Martine Aublet du Quai Branly. Le titre de sa thèse est « Faire parler l’invisible dans l’ombwiri. Une multivocalité des conflits. Libreville, Gabon ». Elle est rattachée à l’EPHE, Paris, GSRL (groupe sociétés, religions, laïcités) et travaille sous la direction de Grégory Delaplace et Katell Morand (université Paris Nanterre, CREM). Elle est affiliée au CREM (centre de recherche en ethnomusicologies). Sa recherche porte sur les vocalités et le lien qu’elles établissent avec l’invisible dans un culte gabonais dirigé par les femmes, l’ombwiri, tel qu’il se pratique dans la capitale Libreville. Parallèlement, et après avoir suivi un cursus de piano au Conservatoire d’Aix-en-Provence (Fin d’études), elle transmet depuis 2017, le chant et le piano à des personnes atteintes d’autisme, avec la pédagogie Dolce à laquelle elle a été formée. Elle est membre du CRIVA, et trésorière adjointe du CRIVA.
Elle est passée d’une écoute à l’autre depuis son installation récente comme psychanalyste dans le 10ème arrondissement.

TITRE & ARGUMENT Adriana VARONA : « Le crime du Sicarius en Colombie. Approche Psychanalytique, Social et Clinique »
Notre recherche, située dans le champ de la criminologie et la psychanalyse, vise à éclairer les dynamiques et les processus sous-jacents au passage à l'acte criminel chez les adolescents et les préadolescents nommés sicarios (tueurs à gages) dans la société colombienne. Nous allons explorer les pathologies de l'agir, ainsi que les fondements psychopathologiques du passage à l'acte criminel chez ces jeunes délinquants. Mon expérience clinique auprès de cette population, me permet de montrer que ces sujets, confrontés à des angoisses archaïques d'effondrement et de rupture des liens - intrapsychiques, intersubjectifs et sociaux - sont débordés par un déferlement d'excitation inélaborable.
Le passage à l'acte prend la valeur et d'une défense et d'un phénomène social. Il faut les analyser en fonction de ses composantes sociales, culturelles, et religieuses. Notre réflexion et les développements théoriques issus d'une pratique clinique nous conduisent à une interrogation beaucoup plus large et plus particulièrement à explorer d'un point de vue psychanalytique la place du meurtre dans la culture, notamment colombienne.
Adriana VARONA : Adriana Varona est psychologue clinicienne, psychanalyste. Elle assure des consultations en libéral et à distance auprès de patients « Transgenrés ». Elle est doctorante en Recherche en Psychanalyse (Paris7), après avoir effectué un Master Recherche en Psychopathologie Fondamentale et Psychanalyse (Paris 7) et un Master en Psychologie Clinique Interculturelle (Paris 5). Le titre de sa thèse est « Crime du sicarius en Colombie. Approche psychanalytique, social et clinique du corps criminel » sous la direction de Paul-Laurent Assoun. Ses travaux de recherche l’amènent à interroger entre autres les nouvelles pratiques liées aux nouvelles technologies, dans leurs incidences sur le sujet de l’inconscient.
Elle est membre et représentante en Amérique du sud du CIAP (Cercle International d’Anthropologie Psychanalytique). Représentante de LaTE à Paris et en Colombie. Elle est également trésorière du CRIVA et représentante du CRIVA en Colombie.