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ARGUMENT GÉNÉRAL DU COLLOQUE


Claire Gillie


Quand la voix de l'exilé rencontre l'enlisement du silence, quand le mutisme menace la parole bannie de sa langue originaire, alors peut surgir l'impératif de la lettre invoquant l'écriture pour qu'elle trace un sillon dans la page devenue terre d'accueil. Entre la voix perdue et la voix désincarcérée, l'écriture se déploie comme un territoire autrifié où se joue une traduction in-édite, in-ouïe : celle qui transfère la langue du trauma au dire de la trace, le cri à la lettre, l'objet
de l'indicible au sujet du Dire.
De la vocalisation éperdue de l'exilé à la vocation du scribe, une tension prend corps entre la lettre et la voix qui interroge l'analyste lecteur, déchiffreur et interprète des voix menacées d'extinction. L'écrivain en exil, expatrié de sa langue maternelle, doit en repasser par les balbutiements de la lalangue afin de franchir les frontières de la langue étrangère, et oser une refonte symbolique de sa subjectivité en quête d'un refuge qui se fasse asile. Un couple inconscient lecteur-lectant, invoquant-écoutant inaugure un mode particulier de transfert, où la page se fait divan. Instaurant là un cadre qui interroge le psychanalyste et la cure analytique.
Le sujet exilé de son histoire, exilé de ses ancrages topologiques, consonne avec le sujet de l'inconscient exilé de son désir et de sa vérité. Convoqués l'un comme l'autre à une traduction qui n'est pas seulement de langue, ils se confrontent à un passage douloureux par le défilé étroit des signifiants. Mouvement qui donne corps à une passe de l'affect au signifiant, de l'intime à l'œuvre qui en témoigne, de l'expérience du déracinement à l'aventure de la germination, de la
mélancolisation enracinée dans la perte, à l'avènement de surgeons prometteurs de l'advenir.

Les arguments et biographies