«Voix de l’oubli ; voix des oublié.es »
Seminaire CRIVA Mardi 19 Novembre 2024, 20h30, avec Véronique Arnaud-Boutry & Gilles Anquez
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ARGUMENTS :
Gilles ANQUEZ : Voix dans la brume
ARGUMENT :
La clinique de la maladie d’Alzheimer est une clinique de l’effacement de la voix.
C’est une clinique de la voix tremblante, de la voix qui se répète, de la voix murmurant le hors-sens, mais aussi de la voix qui crie, de la voix « hachée », de la voix perdue aux bords du sens et de l’oubli.
Ainsi, alors qu’elle s’efface, la voix porte le retour de l’objet pulsionnel « voix » sous les timbres du Réel.
Voilà donc une voix qui oublie la voix, dans ce lieu où l’oubli lui-même est oublié.
Ce lieu où les coordonnées de l’Autre disparaissent sous les décombres du temps d’un sujet s’éteignant.
Portée par sa voix et tissée de lambeaux signifiants, la parole du sujet apparaît alors comme une déambulation sonore tentant de retrouver l’Autre dans un espace embrumé.
Là, la pulsion invocante redémarre et cale aussitôt, ne trouvant pas à s’orienter dans le brouillard signifiant.
Redémarrer en permanence, recommencer sans cesse, alors que ce « sans cesse » prend l’allure d’un instant qui flotte dans un temps disparu.
L’Autre ne répond plus, mais il est appelé, rappelé, et rappelé encore : « Allô, allô, allô !? »
Alors la musique.
La musique porte-t-elle en son sein la voix de l’Autre en soi ?
Peut-elle alors répondre, l’espace d’un temps musical aussi éphémère que le temps de son passage ?
Véronique ARNAUD-BOUTRY : Des voix sous le voile de l’oubli
ARGUMENT :
Fonction essentielle de la mémoire, l’ « Oubli » est un concept paradoxal, un principe à la fois destructeur et créateur. Il est personnifié par la déesse grecque Léthé, fille d’Eris (la discorde) dans la mythologie grecque. Si il y a la nécessité d’un vide constituant au champ de la première fabrique du grand Autre, lieu du trésor des signifiants, où la voix résonne, pour qu’ensuite elle puisse résonner en soi, que dire des voix oubliées ? Quand la voix se voile sous le semblant, que l’ « objet a » propre à la pulsion invocante choit, des voix se dévoilent et se font multiples. Oralité rime avec vocalité. Mais toutes ne font pas consensus. Des voix tombent dans l’oubli. Je propose d’aller à la rencontre de Maud Mannoni qui a sorti de l’ombre la voix des enfants atteints de maladie mentale ou de déficience et celle de leurs parents. Au-delà de celles et ceux désignés comme fous, handicapés, débiles, des sujets et la place pour une parole et ses effets. Soit ce réel clinique fait d’éléments épars, de signifiants agglutinés, de cris, d’un excès de corps, d’une adresse qui se cherche. Mais aussi à la rencontre d’Arlette Farge qui s’est attachée à faire résonner la voix des gens dits de peu, en écoutant la voix des archives et des petits papiers pliés laissés au fond d’une poche. Autre réel de voix retenues et mises sous réserve. A l’intersection apparaît répondre en écho dans l’après-coup, cet atelier de poésie surréaliste que j’ai animé autrefois à l'École expérimentale de Bonneuil et dénommé : « cadavre exquis » ou jeu des « petits papiers ».

